Intelligence collective, pourquoi réfléchir encore tout seul ?

Croisons le faire : l’Intelligence collective transforme le territoire des Hauts-de-France

01 mars 2022
Fruit d’une prise de conscience pendant la crise sanitaire, Croisons le Faire est le projet de deux dirigeants pour diffuser des solutions sociales, économiques, ou écologiques. Rendre visible, renforcer, diffuser une solution. Voilà les objectifs de ce mouvement citoyen qui souhaite transformer le territoire des Hauts-de-France. Un aperçu du “monde d’après” tant espéré ?
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Croisons le faire

Croisons le Faire multiplie les initiatives à impact économique, social, ou encore écologique. Le mouvement est né de la rencontre entre deux entrepreneurs, Thierry Cardinael et Thierry Fouquet, respectivement fondateurs de Exaeco, agence d’intelligence collective et M La Constellation, agence événementiel. Tous deux ont très vite compris qu’ils avaient tout intérêt à s’associer, ce qui a donné par extension le projet Croisons le Faire. Ils ont fait appel aux forces vives de leurs sociétés : Exaeco, pour les méthodes de l’intelligence collective et M la Constellation, pour le côté « show, paillettes, lumières, claquettes ».  

 

Mars 2020, premier confinement : le moment était décisif. A cette époque, une question circulait dans tous les médias : « comment imaginer le monde d’après ? ». Leur conviction a été de ne pas créer quelque chose de neuf mais au contraire, de s’appuyer sur ce qui existe déjà. « Identifier ce qui marche déjà au cœur de notre territoire et qui génère de l’impact, […] on va peut-être pouvoir l’essaimer dans la région », explique Thierry Cardinal sur la chaîne Wéo. Pour cela, il faut aller au contact des habitants. Une grande tournée au cœur des territoires a été organisée en 2020, qui n’a pu être achevée avec la reprise de la pandémie.  

Croisons le Faire s’adresse à chaque citoyen. « Les citoyens connaissent bien leurs territoires et sont capables de les transformer », insiste Charlotte Dodergny, coordinatrice régionale de Croisons le Faire. Pour elle, l’idée est que l’avenir se trouve dans les mains de tout le monde.  

 

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Thierry Cardinael - Weo

 

La méthode Croisons le Faire à l'essai

Et, concrètement ? Pour aller en quête de ces initiatives, la première idée a été de recruter des animateurs bénévoles lors d’une tournée. Leur rôle est d'identifier les solutions à impact. La région a été divisée en 28 bassins de vie, avec pour chaque territoire, une équipe dédiée. « Une fois recrutés, nous les avons formés à quelques outils d’intelligence collective », raconte Chloé Ravau, formatrice en dans ce domaine, qui a vécu la tournée sur le terrain. En parallèle, les besoins de chaque territoire ont été identifiés, l’enjeu était de « faire matcher les besoins et les solutions là où c’était possible »

En pratique, la méthode avait ses limites. Les rencontres n’étaient pas toujours possibles avec les coups d’arrêt dû au contexte sanitaire. Garantir un engagement sur le long terme des bénévoles fait partie aussi des difficultés. D’autres formats ont donc émergé, de l’initiative même des animateurs. C’est le cas des « coups de projecteurs » : des porteurs de projets présentent leurs problématiques aux animateurs qui les aide à trouver une solution.  

Mais l’effet de masse était bien là. De nombreux projets comme « Binta » (kitchenette solidaire) ou « Call and Care » (projet de lutte contre le décrochage) ont rencontré un franc succès. Beaucoup de solutions autour de l’insertion, notamment sur les jeunes en décrochage, mais aussi des solutions sur la transition écologique. « Les gens avaient vraiment besoin de faire leur B.A. ». Un constat qui vient contredire une idée récurrente, celle que nous serions confrontés à une crise de l’engagement. Pour Jeanne Hatz, animatrice de Croisons le Faire, la crise a eu un effet catalyseur de « il faut que j’agisse ». Tout l’enjeu est de canaliser cette énergie, l’optimiser pour qu’elle ait le plus d’impact possible.  

 

« Il est impensable d’organiser des réunions sans utiliser les outils ou méthode de l’intelligence collective »

Croisons le faire

L'intelligence collective comme boîte à outils

« Il est impensable d’organiser des réunions sans utiliser les outils ou méthode de l’intelligence collective », précise Jeanne haltz. Exaeco maîtrise l’intelligence collective. L’idée est de transmettre ses méthodes pour que les bénévoles puissent les utiliser à leur tour, en autonomie. C’est un peu comme une boîte à outils, il suffit de piocher dedans. Une des méthodes s’inspire de la sociocratie (ndlr : mode de prise de décision et de gouvernance qui permet à une organisation de s'auto-organiser), comme nouvelle manière de gérer la prise de décision dans le groupe. Une autre notion largement utilisée est celle du consentement, « le fait de dire que l’on n’est pas d’accord ne vient pas embêter le groupe mais au contraire, le rendre plus riche ». Enfin, certains ateliers ont pour but de faciliter l’émergence d’idées : « comment aller chercher la parole du citoyen pour mieux appréhender les enjeux d’un bassin de vie ? », par exemple.  

L’intelligence collective favorise la diversité. Des rencontres improbables se forment : « louisette qui est au RSA peut travailler avec Sophie, DG d’une entreprise », se réjouit Jeanne. Pour Charlotte Dodergny, il est ainsi « intéressant de voir des gens très différents avec une connaissance de leur territoire et parfois, un prisme différent ». Mais la magie de l’intelligence collective réside dans l’adhésion qu’elle créée autour d’un projet commun. « De sensibilités, vécus différents, on se met d’accord sur un même enjeu à résoudre », ajoute-t-elle.  

Chloé Ravau va encore plus loin. « Croisons le faire, c’est l’incarnation de l’intelligence collective de par le pourquoi du projet ». A l’échelle d’une région, il existe des problèmes complexes que l’on passe notre temps à essayer de résoudre seul. Le but est d’arrêter de faire seul et d’utiliser les forces de chacun pour multiplier les projets. C’est l’objectif de cette nouvelle tournée 2022, avec pas moins de dix dates prévues dans l’ensemble des Hauts-de-France. « On est tous convaincu qu’il y a de vraies pépites qui existent sur notre territoire et on a envie qu’elles ne restent pas à l’état de pépites cachées mais, au contraire qu’elles puissent briller et se diffuser partout », conclut Chloé. 

Bérénice ROLLAND

 

Pour aller plus loin :  

Vidéo "Croisons le Faire : multipliez les bonnes initiatives" - Wéo