La nature peut-elle être thérapeutique ?

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27 février 2023

Au cœur de l’Etablissement Public de Santé Mentale de Lille se trouve un coin de paradis : le centre horticole Emile Senteurs. Les patients s’y rendent pour se changer les idées, travailler dans les jardins et établir des liens sociaux. Ce centre est tenu par un éducateur technique spécialisé, Etienne Grave. La nature y est présentée comme étant bénéfique pour la santé physique et mentale.
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Centre horticole de l'Etablissement Public de Santé Mentale à Lille ©Elisa Despretz

“Je suis prêt à aller travailler”, le patient est enthousiaste. Il s’avance dans le jardin. Ici, son activité favorite c’est de tondre la pelouse. Avec 4 000 m2 de terrain, il a de quoi faire. Le centre horticole Emile Senteurs de l’EPSM (Etablissement Public de Santé Mentale) de Lille ouvre ses portes toute la journée à tous les patients. Le but de cet endroit est d’accompagner les malades dans une activité qui leur permettra de se changer les idées, de sortir de leur chambre d’hôpital mais surtout de créer et maintenir des liens sociaux.  

Etienne Grave est un éducateur technique spécialisé (ETS) avec une qualification en jardinage. Grâce à ses compétences, il peut accueillir les patients pour des activités à visée thérapeutique. Il s’occupe de ce lieu avec deux autres travailleurs sociaux à temps complet. Il a créé ce projet en 2011 à partir d’un terrain vide. “L’idée c’était vraiment de permettre aux patients de créer un lieu, aujourd’hui, il faut l’entretenir”.  Le centre horticole est composé de 5 jardins, le jardin pédagogique, celui du bien-être, le jardin coloré, celui de petits fruits et celui de promenade. “On se sent bien dans les jardins, il y a pire comme lieu pour travailler” Etienne est fier du travail accompli. “Petit à petit, les personnes sont venues étaler 10 tonnes de cailloux dans les allées, ils ont créé du lien autour des brouettes”.  

L’éducateur accompagne les patients en leur apprenant des techniques de jardinage. Ces moments sont également ouverts à la parole. Les jardiniers en herbe peuvent discuter avec les travailleurs sociaux ou les infirmiers présents. 

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L'un des espaces potagers aménagé par les patients de l'EPSM ©Elisa Despretz

La nature appartient à tous  

Deux dames discutent sur un banc en bois au jardin de bien-être. Etienne ne les connaît pas, “il y a des personnes du secteur qui viennent, ce sont des inconnus et ce n’est pas grave”. Le jardin est ouvert à tous. “Il faut démocratiser les jardins thérapeutiques, j’en suis convaincu”, Etienne pense qu’il faut investir dans ces lieux où les gens se sentent bien. De nombreuses études ont mesuré l’impact de la nature sur la santé. Moins de stress, plus de calme, la nature est essentielle pour tout le monde, pas seulement pour les patients. “Il suffit de deux heures en nature par semaine pour améliorer son état de santé” d’après le Docteur Scott Lear sur le site Cœur + AVC. 

L’éducateur se donne pour mission d’entretenir le jardin pour qu’il soit le plus accueillant possible. Pour lui, “c’est parfois dur à gérer, comme il n’y a pas de planning, chacun vient quand il veut alors comment savoir si je dois tailler la haie ou attendre de voir si demain un patient veut s’en occuper ?” 

Des enfants traversent les jardins en courant. Il n’y a pas d’âge minimum pour venir au centre. Ces enfants scolarisés sont suivis en centre médicopsychologique. Pour eux aussi le centre horticole est une échappatoire.  

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Certaines saveurs plantées par les patients de l'EPSM ©Elisa Despretz

Un jardin, un potager et mille senteurs 

Le centre horticole possède également un potager dans lequel une centaine de variétés de menthes et de plantes odorantes poussent. Emile Senteurs a aussi une grande production de légumes avec lesquels les employés cuisinent des soupes. “Aujourd’hui, c’était courgette, chèvre, menthe”. Ce matin, une nouvelle patiente est venue au centre. Elle a aidé Etienne à couper les légumes. “Si elle n’était pas venue, elle serait restée dans un service de 20 lits où les gens ne sont pas bien. Parfois, c’est nécessaire de sortir”. 

 Pour cet éducateur, ce centre est essentiel. “Même si nous sommes dans une société où il faut tout chiffrer, comment peut-on évaluer son impact bénéfique ? Pour moi, l’important c’est que cela fasse du bien aux patients qui viennent, quel que soit leur nombre.”

Elisa DESPRETZ 

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